Les messages clairs

Depuis que j’ai intégré le groupe départemental de l’ICEM, j’ai entre autre entendu parler des messages clairs.

Qu’est-ce qu’un message clair ?
C’est un protocole de résolution de conflits dans la classe et la cour de l’école.
Qui dit protocole, dit règles de communication, cadre assez posé.

  1. D’abord, il faut un médiateur. Le protocole propose que ce soit un pair qui soit médiateur (un enfant donc, mais pas forcément de la même classe), mais bien entendu qu’il sache rester neutre dans l’histoire qui oppose les deux enfants. Ce médiateur doit bien connaître les règles des messages clairs.
  2. Les deux enfants doivent être calmés et ne plus être en colère car elle empêche de réfléchir correctement.
  3. Le médiateur désigne l’enfant A. qui parlera en premier en veillant à ce qu’il respecte bien la formulation :

–Quand tu m’as fait/dit … ça m’a fait … (j’ai ressenti …). Est-ce que tu as compris ?

  1. L’autre enfant, B., reformule donc le propos qu’on lui a tenu. Le médiateur doit vérifier qu’il ne déforme pas ce qui a été dit :

– Quand je t’ai fait/dit… ça t’a fait… (tu as ressenti …).

  1. Ensuite on inverse les rôles. B. doit maintenant exprimer de la même manière ses agissements :

– Quand je t’ai fait/dit … c’est parce que de ton côté tu m’as fait/dit…  et ça m’a fait … (j’ai ressenti …). Est-ce que tu as compris ?

– Oui, c’est parce que je t’ai fait/dit … que tu m’a fait/dit … (que tu as ressenti … ).

  1. Une fois que les causes du conflit on été identifiées clairement par les deux enfants, le médiateur doit les guider vers une recherche de solution ou une réparation au problème soulevé.
  2. Le fait peut être ensuite consigné dans un cahier « anti-violence » pour éviter d’en reparler en conseil des élèves et de perdre du temps sur des critiques individuelles.

D’ailleurs, dans mon conseil, plus de critiques, mais j’y reviendrai dans un futur billet 😉

Ce travail d’expression de ses sentiments n’est pas anodin pour les enfants. Ils ont, malgré les apparences, encore beaucoup de mal à exprimer clairement leurs émotions. Il doit donc être mené, dans le cadre de l’EMC et du lexique par exemple, un travail sur le vocabulaire des émotions. Pour aider les enfants à comprendre, je me suis basé, sur leur proposition (et pendant une inspection !!) sur les personnages du film d’animation de Pixar « Vice Versa » qui met en scène Peur, Joie, Tristesse, Colère et Dégoût, 5 personnages qui dirigent notre cortex cérébral.

Un travail, bien mieux construit que le mien, a déjà été proposé sur les pages de l’ICEM 34. Toute la démarche est présentée, à l’aide de vidéos et de documents à télécharger et lire. Un vrai travail de titan ! Le ministère de l’éducation nationale itself propose aussi une fiche assez complète sur le sujet et l’OCCE de l’Ain propose également des documents.

D’ailleurs vous remarquerez que sur le site de l’ICEM 34, le point 5, le « droit de réponse », ne figure pas dans la démarche. C’est un ajout que j’ai fait car il me semblait important de connaître, si possible, la raison des agissements « perturbateurs » de ceux qui causent les conflits et qu’ils aient aussi voix au chapitre des sentiments. C’est d’ailleurs une demande de mes élèves de pouvoir aussi mieux s’exprimer. Peut-être n’est-ce pas une bonne idée au final, car cela aboutit parfois à des débordements (en temps) de négociation, alors que le protocole présenté par l’ICEM 34 est plus rapide : un problème, un message clair, une solution/réparation et basta on retourne au travail.

Je me tâte à revenir en arrière. Et vous, qu’en pensez-vous ?

3 réflexions au sujet de « Les messages clairs »

  1. Personnellement, j’ai constaté que, dans la cour, les plus jeunes de mes élèves avaient souvent besoin d’un « double message clair ». C’est à dire que la parole est d’abord donnée à la »victime » apparente qui est venue se plaindre et qui réclame une médiation. À un moment, le « gêneur » va manifester son désaccord. Je lui demande juste de finir le MC et je lui propose de faire à son tour un MC de manière à entendre à la fois sa version mais aussi d’entendre sa « souffrance ».

  2. Le droit de réponse de « l’agresseur » est essentiel selon moi ! D’abord parce que pour les « pires », le fait de savoir qu’il écoute, certes, mais qu’il pourra aussi parler ensuite en retour, lui donne la force de patienter. Il sait que nous serons justes et écouterons tout le monde. Parfois, un élève a un geste d’énervement, qui le dépasse, mais la cause de ce geste mérite aussi réparation. C’est même souvent le cas. Rares sont ceux qui s’énervent sans raison et dérapent. Petit à petit, on les aide à faire le tri entre les raisons qui méritent qu’on riposte (et comment riposter dans le respect des règles) et celles qui ne méritent pas que ça aille plus loin. C’est comme ça que, finalement, on obtient de plus en plus de paix dans les rapports entre les élèves.

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